“ L'eau s'est immiscée peu à peu dans mes photographies urbaines : un parking vide ou la surface d'une table devenaient surfaces liquides, évocations de lacs. De retour en Alsace, après deux ans au Québec, j'ai commencé à photographier des lacs vosgiens. Je voulais me confronter directement à la surface de l'eau qui, dans mes photos, est un élément existentiel nous renvoyant à nous-même. 

En 2001, pour Sélest’art, biennale d’art contemporain, j’ai installé un triptyque de lac sur une place de la vieille ville. Les lacs se présentaient comme des respirations, comme des surfaces sur lesquelles nous pourrions projeter nos idées et par lesquelles nous pourrions retrouver la mémoire. Ce triptyque présentait trois atmosphères différentes présentant des espaces vastes et épurés, ce qui tranchaient avec un espace urbain visuellement brouillé, puisque sous le mur il y avait tantôt un parking informel, tantôt un marché. L’emplacement du triptyque a été choisi car il se voyait de loin, car il se situait dans une perspective particulière, au bout d’une longue ruelle sinueuse, ainsi il fonctionnait comme un appel à une contemplation active. “ anne immelé
 
la série des lacs 
       (2001-2003)        
“Le lac sans fond est le regard sans œil, le regard sans vision qui me dévisage en ouvrant devant moi le monde et l’absence de fond du monde : le reflet blanc d’un ciel blanc – le reflet d’un blanc en guise de ciel. La vue se fait non plus vision ni perspective ni orthoptie, mais considération et contemplation : tracement d’un templum pour prise d’augures, observation voire observance des vols d’oiseaux ou de leur absence, des passages ou non de la brume. 

La vue se conforme au lieu. La vue en s’approchant se fait proche de ce qu’elle voit car cela se passe au même lieu que la vision même. Ensemble la lumière et la photo se touchent : leur contact même, dans son infime intime différence, leur contact même dans l’imminence suspendue de sa propre touche disjoint le même en deux, entre le monde et moi. 

Après le monde et moi, il reste dieu – mais dieu n’est rien que la séparation entre le monde et moi, il est l’avoir-lieu divin du lieu grâce auquel je suis au monde et l’étant en totalité se présente à moi en m’incluant dans sa présence – me retournant ainsi sur moi et contre moi, au rebours de moi. 

    Photo, instantané : au lieu de moi, le monde. 

Car le monde, l’ouvert, le grand espacement, c’est moi, c’est mon extension, ma dilatation, mon éloignement. C’est mon départ et mon arrivée. C’est mon allée-venue, c’est mon approche, c’est ce qui s’approche de moi.”   Jean-Luc Nancy, 2006
L’Approche, texte écrit en 2006 par Jean-Luc Nancy sur la photographie “Lac blanc”
Texte intégral

“Le poids d'une pensée, l'approche” Jean-Luc Nancy, édition La Phocide, Strasbourg, septembre 2008. Traduction allemande “Die Annäherung”, édition questions Salon Verlag, Cologne 2008. Lecture le 14 février à Berlin dans le cadre du protocole
WASSERWISSEN initié par la Berliner Gazettehttp://books.google.fr/books?id=dq8Jfm9o6vIC&pg=PA121&lpg=PA121&dq=l'approche+Jean-Luc+nancy&source=bl&ots=QMz7R49fj-&sig=MUFpL9NnB1J5DMhAQyv8wtkn3sE&hl=fr&ei=opKMSbCFN4OZ_gbYuoCxDA&sa=X&oi=book_result&resnum=10&ct=resulthttp://www.berlinergazette.de/index.php?pagePos=10&keyword=WASSERWISSENshapeimage_4_link_0shapeimage_4_link_1
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